• Valérie Gillet

Au bord de la rivière, attendre et laisser fleurir

Dernière mise à jour : 12 mai



Nos enfants ont le droit de nouer une relation privilégiée avec chaque membre de leur famille : parents, grands-parents, oncles et tantes, cousins et cousines, etc. Peu importe que nous ne nous entendions pas avec ces personnes. La famille passe avant tout. Nos enfants doivent être libres de choisir, le moment venu, d’être en contact ou non avec ses membres. Dans des situations clivantes, par exemple en cas de divorce ou de mésentente familiale, cela peut parfois paraître au-dessus de nos forces, en particulier quand s’en mêlent des individus dont le quotient intellectuel avoisine celui de l’huître. Cela ne nous dispense pas d’être sincères et honnêtes dans nos propos et nos avis. Mais malgré notre piètre opinion de la constellation familiale élargie de l’enfant, il faut éviter de faire des dégâts irréparables.


Quelle que soit la situation familiale ou conjugale, il faut souvent mettre notre orgueil et notre rancœur de côté pour le bien de notre progéniture. Je sais, c’est compliqué, surtout quand on a envie d’émasculer la personne en face avec les dents avant de lui faire manger son pénis (ça sent le vécu). Que nous soyons parents, beaux-parents, ou n’importe quel autre membre de la famille proche, il peut être difficile de faire fi de nos conflits et de notre inimitié pour privilégier l’équilibre et la stabilité de l’enfant. Toutefois, il faut s’efforcer de s’immiscer le moins possible dans ses relations familiales sous le prétexte de rallier à sa cause une personne qui n’a pas les outils pour décrypter les subtilités relationnelles.


Cela ne signifie pas qu’il faille s’abstenir de dire ce que l’on pense, mais l’enfant doit bien comprendre qu’il ne s’agit là que de notre ressenti, pas d’une vérité universelle. Et surtout, il faut éviter de couper l’enfant de gens qu’il ou elle a légitimement le droit d’avoir dans sa vie (les autres pouvant bien convenablement s’étouffer avec leurs extensions platine, et ça aussi ça sent le vécu).


La règle d’or, qui peut paraître paradoxale, serait donc la suivante : quelle que soit notre opinion sur une personne que l’on peut considérer comme une nuisance, il faut fréquemment faire montre, non pas d’un calme olympien surjoué ou d’une fausse bienveillance, mais plutôt d’une résilience proche du martyr. C’est comme ça : la vie de famille requiert une force, une persévérance, un oubli de soi dont le bonheur de ses membres est le fruit. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Grace Kelly, et elle en connaissait un rayon en matière de sacrifice d’une carrière de star internationale pour élever des enfants ingrats avec un coureur de jupons invétéré au sommet d’un rocher.


Le pire est bien entendu d'abuser de sa condition d’adulte pour gagner un enfant à sa cause. Ses propres choix lui appartiendront, et ne doivent pas unilatéralement imposés par les grandes personnes qui l’entourent. Si nous avons besoin d’un enfant comme allié pour nous crédibiliser, c’est que nous nous fourvoyons. Peu importe les allégeances en notre faveur contre autrui ou les acquiescements à nos opinions, ne nous méprenons pas : il ou elle est pris(e) entre plusieurs feux, cherche à contenter tout le monde et à ne vexer personne. L’enfant aime inconditionnellement et n’aspire qu’à être aimé(e). N’utilisons pas son amour comme arme de destruction massive en en faisant une victime collatérale.


Bien plus, ne lui mentons jamais sur nos intentions. Ne lui faisons pas porter le poids de nos secrets en lui racontant des fables qui sont totalement fausses. Ces réécritures de l’histoire familiale finiront par être démenties, et la vérité surgira, dévastant la confiance que l’enfant avait en son entourage. Il est préférable de lui faire part en toute honnêteté de notre position et des raisons qui la motivent, mais il faut lui laisser la possibilité de faire ses choix en connaissance de cause, avec les moyens et l’âge pour les poser de manière éclairée.


En dépit des efforts pour habiller les comportements et farder les actes, les enfants grandiront et poseront sur une situation, aussi remodelée soit-elle, un œil lucide et forcément peu complaisant pour celles et ceux qui ne la leur auront pas présentée sous le jour le plus objectif. Il va de soi, qu’il y a toujours two sides, voire même trois, quatre ou cinq, to every story. Reste à savoir si ce qu’ils verront sera à la hauteur de leurs expectations en termes de droiture et d’amour inconditionnel et désintéressé de la part de celles et ceux qui les ont entourés et côtoyés en grandissant.


Un enfant n’est pas un allié. Menons en adultes nos propres batailles. Même si cela implique de maudire chaque soir en secret des gens détestables en enfonçant des épingles dans leur effigie vaudou. Souvenons-vous, comme l’a si bien conseillé Lao Tseu de manière plus cérébrale et poétique que ma version un peu triviale, qu’en attendant patiemment sur le bord de la rivière, on finit toujours par voir passer les cadavres de tous ces conn… euh de ces ennemis qui nous ont fait du tort.


Ne devenons pas l’un de ces ennemis pour quelqu’un qui n’a rien demandé.

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