• Valérie Gillet

L’aptitude au bonheur (et à l’autodérision)

Mis à jour : mai 13



Je suis adepte de l’utilisation des réseaux sociaux pour transmettre un message d’autodérision. En dépit de mon orgueil et de ma susceptibilité, je m’efforce de poser sur moi un œil amusé mais tendre. Il faut apprendre à s’aimer et à ne pas trop se prendre au sérieux. Cependant, mes efforts vers plus de légèreté mentale sont souvent mal interprétés.

Au même titre que mon féminisme, mon gauchisme et mon activité virtuelle soutenue, mon parti-pris auto-ironique n’est pas toujours bien compris, en particulier de mes aînés. Mon autodérision est fréquemment confondue avec de la dévalorisation et ma manière parfois…intense… d’y réagir, comme l’appel au secours d’une femme en crise identitaire.

Il y a quelques jours, j’ai publié une série de photos de moi en gros plan sur Instagram et Facebook, avec comme légende « Dur, dur, les selfies de vieille ! ». Il s’agissait d’une référence aux innombrables clichés pris par ma fille et ses copines devant la baie vitrée de mon appartement. J’ai voulu tester la lumière soi-disant miraculeuse.

Or, il est bien plus facile pour une jeune fille de 13 ans que pour une dame de 40 ans de se tirer un joli portrait sous un éclairage flatteur. Sur la plupart de ces clichés, je ressemble à une sévère matrone à visage asymétrique, double menton et yeux et front plissés. En les découvrant, j’ai éclaté de rire et décidé d’en publier quelques-unes.

Ma publication et sa légende n’ont pas eu l’effet escompté. Une vague connaissance de cette génération qui use et abuse de Facebook pour parsemer les publications d’autrui de commentaires sentencieux, n’y est pas allée par quatre chemins. Pourquoi me dévaloriser de la sorte ? Quelle habitude détestable ! N’avais-je donc aucune estime de moi ? De toute évidence, je n’avais vraiment pas bien digéré les leçons de la vie !

C’est loin d’être la première fois que je dois modérer un tel commentaire sur l’une de mes plateformes de communication virtuelle. Je dois fréquemment rappeler à l’ordre, allant jusqu’à supprimer et bloquer certains contacts un peu trop « trolls de base ». Mais au-delà de la difficulté de la plupart des gens (y compris moi-même) à automodérer leurs propos une fois derrière un clavier, ce type de commentaires vitriolés jugeant sans appel le ton que j’emploie pour parler de moi-même m’a toujours interpelée.

Avec mon frangin, on s’est toujours moqués de mon père et de ses « expressions toutes faites », notamment le fameux « Tout ce que j’ai voulu pour mes enfants, c’est qu’ils aient le souvenir d’une enfance et d’une adolescence heureuses ». Comme un peu tout le monde, mon frère et moi avons dû avancer vaille que vaille, réprimer des vagues de panique, répondre à des appels nocturnes, avoir des discussions compliquées, passer des nuits blanches et prendre des chemins détournés. L’enfance, l’adolescence et la vie adulte sont rarement un épisode de « Oui Oui sous Valium », et les nôtres ne font pas exception.

C’est ce vécu commun qui soude les fratries et forge les caractères. Lorsque je regarde en arrière, j’ai en effet des souvenirs très heureux. Ce que je n’ai pas en revanche, c’est le souvenir d’une enfance et d’une adolescence idylliques dans un environnement apaisé. Ce que j’ai surtout appris durant ces années, c’est à être prête à nager en pleine tempête, même lorsque la mer semble d’huile.

Bien plus que le bonheur pour la galerie et la vie idéale à tout prix, mon papa affectionne une autre notion du même acabit : l’aptitude au bonheur.

Il importe peu de montrer au monde une façade de plénitude et de perfection permanentes, d’être une personne faussement enjouée, lissée et policée. Nul besoin de faire table rase de son vécu, de ses cicatrices, de ses failles et de ses insécurités. Autant être à l'extérieur ce que l'on est à l'intérieur.


Le doute et l'insécurité font partie de moi et il n'y a aucune raison pour que je ne m'exprime pas sur le sujet. Ces deux caractéristiques font de moi la personne que je suis : quelqu'un de parfois un peu hâbleuse, vive et péroreuse.

L’important, c’est d'avoir une propension à être heureux. L’important, c’est d’aspirer au bonheur, peut-être pas là, maintenant, tout de suite, mais parfois, par moments, malgré tout.

L’important, ce n’est pas de montrer mais d’être.

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