• Valérie Gillet

« On verra plus tard. Ou pas. »

Dernière mise à jour : 21 oct. 2021



À chaque repas de famille, ça ne loupe pas : « Et toi, personne en vue ? Même pas une aventure ? Rien de rien ? » Je ne sais jamais comment répondre à ces questions autrement que par un « de quoi tu te mêles » agacé (et injuste). Car si ma vie amoureuse ressemble à Hiroshima après la bombe, j’ignore si c’est par manque de bonne volonté ou parce que ce monde postapocalyptique irradie plus que jamais son champ d’incertitude dans chaque recoin de notre existence.


Face à ces interrogations, je me sens comme une handicapée de l'amour. Pourquoi suis-je incapable de me trouver un homme lorsque dénicher un zizi en érection est plus rapide qu’aller acheter du lait à l’épicerie du coin ? Peut-être le couple n’est pas ce que me réserve mon avenir proche ou lointain ou que je n’essaie pas tellement de trouver un monsieur charmant.


Nous vivons dans un monde incertain et nos relations humaines s’en ressentent. Tout brunit plus vite qu’un avocat trop mûr, à commencer par nos sentiments. Les célibataires sont les premiers concernés, eux qui peinent à nouer des relations non définies par le sexting, les nudes et les dick picks. Mais seules des personnes casées depuis des années peuvent poser ce type de questions à la vieille fille de service avec l’innocence et l’incrédulité des gens maqués depuis des lustres.


Le couple confère à tort un sentiment de stabilité et d’inébranlabilité. Éblouissement dangereux à l’ère de l’incertitude omniprésente. Même au sein des relations amoureuses « installées », rien n’est acquis et tout peut s’écrouler. La personne centrale de votre existence peut devenir étrangère du jour au lendemain.


Ainsi va le monde : il est peu propice aux constants qui « portent leur cœur sur leur manche » ou coulent des fondations profondes. Le désintérêt chronique pollue nos relations jusqu’au désamour et l’éloignement.


Il est décevant de se rendre disponible pour autrui pour se voir opposer une fin de non-recevoir. Car ce cœur vaillant que l’on donne à l’autre avec les meilleures intentions du monde mais en fermant les yeux sur l’inconstance qui gangrène les relations modernes, on n’imagine jamais qu’il sera brisé, recollé, rebrisé et rafistolé, sans jamais avoir la certitude que le suivant ne le pulvérisera pas à nouveau.


C’est cette incertitude sur le sort que l’autre nous réserve, l’involontaire cruauté des remarques du bout des lèvres, l’inconséquence des messages à l’emporte-pièce, qui tuent à petit feu la foi en l’amour amoureux.

Ce sont ces « On verra plus tard. Ou pas. », jetés avec la nonchalance de l’humain qui n’assumera jamais les conséquences de sa légèreté affective, qui anéantissent notre capacité à aimer. Et nous font préférer d’autres formes d’affection, plus raisonnables et plus durables.


Et ce n’est peut-être pas plus mal. N’en déplaise à ma famille.

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