• Valérie Gillet

Version 4.3., la fête en moins



Lorsque j’étais petite, chaque année à la mi-septembre, ma maman organisait deux fêtes d’anniversaire pour moi : une ma famille et une avec mes amis. Pour elle, ces dates et ces occasions étaient très importantes et elle mettait un point d’honneur à les respecter. Elle m'a transmis cette notion.


En grandissant, j’ai donc gardé cette habitude. À 13 ans, j’envoyais un petit mot à mes camarades de classe pour leur demander d’apporter leurs meilleurs CD de Lenny Kravitz à ma boum. À 14, mes potes apportaient également du Martini tiède et Nevermind. À 18 ans, ma famille et mes amis ont été invités à une grande célébration avant mon départ en Angleterre. Pour mes 26 ans, j’ai fêté mon anniversaire et mon mariage en même temps avec 400 invités. Pour mes 28, ce fut une fête de naissance de ma fille qui est venue coïncider avec la mienne.


Puis il y a eu mes 30 ans. Je m’attendais candidement à ce que mon mari de l’époque m’organise une fête surprise. Que dalle. J’ai eu droit à un resto réservé moi-même au tout dernier moment, que j’ai dû quitter seule après l’apéro avec un enfant infernal pendant que l'homme terminait tranquillement son menu cinq services. Quelques mois plus tard, mon époux faisait ses valises et me laissait avec une maison de 17 pièces au fin fond de la Wallonie, un prêt hypothécaire à rembourser seule en 25 ans, une gamine de 2 ans à élever (seule aussi, comme l'avenir allait me le confirmer), mes 30 ans pulvérisés et une déprime carabinée. Comprenez, après 12 ans de relation, une expatriation, un mariage, un enfant, l'achat d'une maison et des promesses d'amour biculturel éternel, il avait soudain besoin de « se retrouver » (avec sa collègue blonde teinte aux ongles laqués rencontrée un an auparavant, et depuis mère de son deuxième enfant, mais dont il a bien entendu à l’époque juré ses grands dieux qu’elle n’avait absolument rien à voir avec notre rupture).


Après cette douloureuse étape de ma vie de femme et de mère, histoire de faire un doigt d’honneur à la fatalité et à mon enfoiré d’ex, j’ai notamment décidé de reprendre l’organisation de fêtes d’anniversaire. À chaque édition une trentaine de personnes… chaque année une organisation titanesque, avec gens qui annulent ou viennent au dernier moment, de l’alcool qui coule à flots, un repas ou buffet à préparer ou commander, le bordel à nettoyer le lendemain, et bien sûr la gueule de bois de titan à soigner.


Pour mes 40 ans, j’ai invité toute ma famille (une quarantaine de personnes) au restaurant avec mon bébé de 2 mois littéralement pendu à mon téton. L’an dernier, j’ai réquisitionné mon ancienne maison wallonne pour une pizza party avec tout le clan, pour célébrer mes ans et la vie car le Covid n’avait emporté personne dans la famille. Après tout, mes 42 ans étaient le prétexte idéal pour rassembler tout le monde.


Mais chaque année, cela devient de plus en plus une corvée. Tout d’abord, les gens s’en fichent comme de leur dernière épilation que ce soit mon anniversaire. Ce type d’événement est, au mieux, l’occasion de s’en mettre une belle et au pire, une obligation amicale ou familiale de plus. Je ne jette la pierre à personne : je fais pareil. Mais pour l’hypersensible que je suis, chaque annulation, chaque indisponibilité et chaque désistement de dernière minute est un coup de poignard dans le cœur.


Ensuite, à part ma famille nucléaire, je considère, peut-être un peu naïvement, que j'ai deux vrais amis, et ni l’un ni l’autre n’a jamais pu se libérer pour mes fêtes d’anniversaire (pour des raisons diverses et variées). Chaque année je relativise : « Bah, pas grave, ce sera pour l’an prochain ». Mais chaque année me sussurre aussi un peu plus que les amitiés indéfectibles d’antan ont de moins en moins de raison d’être. Le temps passe et chacun suit son chemin, tout simplement.


Enfin, les fêtes, c’est mieux quand c’est les autres qui vous les organisent. Or, autour de moi, il n’y a personne qui ne le fera jamais. On a vu que mon ex-mari était déjà lamentable sur le sujet, mais au fil des années qui ont suivi mon divorce, je n’ai jamais vraiment eu personne pour prendre le relais. À tel point que l’an dernier, la personne qui prétendait plus ou moins à ce niveau de proximité affective a carrément… oublié de me souhaiter mon anniversaire… et s’est vexé quand je lui ai envoyé un message pour le lui faire remarquer. Cela a motivé ma décision de couper les ponts avec lui et de me concentrer sur moi, mes enfants, ma vie professionnelle et mon avenir indépendamment d’une constellation devenue bien trop éclatée et ténue pour m’enrichir à ce stade de mon existence.


Il n’est pas agréable de vieillir, mais, jusqu’à présent, j’ai plutôt fait le choix de nier l’aspect décrépitude programmée pour privilégier le côté festif et l’expérience que chaque année supplémentaire m’apporte. Mais je m’essouffle. Bien entendu, j’aime ma famille, j’aime mes amis, j’aime les fêtes et j’aime qu’on me fête. Mais je pense que je n’organiserai plus mon anniversaire en grande formation. Et que je me résignerai à plutôt m’occuper de moi à cette occasion ou à me faire inviter au restaurant par ceux qui le souhaiteront.


Samedi, j’ai fêté mes 43 ans. Ma fille m’a finalement convaincue de convier quelques personnes au resto. Les 2/3 ont décliné l’invitation et 1/3 des invités confirmés ont annulé au dernier moment. J’ai passé une superbe soirée et, comme à leur habitude, mes proches m’ont fêtée et gâtée comme il se doit. Mais cette année apparemment anodine sera probablement celle où je lâcherai définitivement prise sur mes velléités claniques amicales et familiales pour réellement me concentrer sur mon noyau au lieu de m’éparpiller.


Il me semble que l’une des leçons de ma quatrième décennie consistera à faire le deuil de l’amour inconditionnel et immuable, de la fête surprise qui ne sera jamais organisée en mon honneur, des amis indéfectibles qu’on ne voit plus qu’une fois l’an voire moins, des amants qui ne nous souhaitent pas notre anniversaire et des agapes qui donnent mal à la tête avant et après (même si pendant c’est chouette).


L’an prochain, je pense que je m’offrirai plutôt un weekend spa, histoire de créer une nouvelle tradition plus en ligne avec une définition mature de la célébration et du selfcare.


Car c’est avec soi qu’il faut vivre, s’entendre et fêter les étapes de la vie, pas avec des autruis changeants et élusifs…

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